Un piano Pleyel, un mot oublié… et une histoire qui ne voulait pas s’arrêter
Parfois, un projet ne commence pas par une idée… mais par une rencontre.
Tout commence lors de mon tout premier salon des Métiers d’Art, en Sud Vendée.
Un visiteur s’approche et me pose une question simple :
« Est-ce que vous achetez des vieux pianos ? »
Il m’explique qu’il doit se séparer d’un piano Pleyel familial, faute de place.
À l’époque, je n’ai pas encore d’atelier.
Je lui réponds honnêtement que cela va être compliqué…
Mais je lui glisse tout de même :
« Envoyez-moi une photo. On ne sait jamais. »

Un piano pas comme les autres
Lorsque je découvre la photo, quelque chose attire mon attention.
Ce piano date de 1846.
Il est atypique, marqué par le temps… mais chargé de caractère.
Même s’il n’est plus réparable pour un usage musical,
je sens qu’il mérite mieux que l’oubli.
Je décide de l’acheter.
La découverte
Une fois le piano installé dans mon garage,
je prends le temps de l’observer.
Et là, à l’intérieur, je découvre un mot.
Un message manuscrit, daté de 1894.
« Je désire que ce piano Pleyel reste dans la famille… »
Un texte simple, mais profondément émouvant.
À cet instant, une évidence s’impose :
➢ je ne peux pas transformer ce piano n'importe comment.

Je désire que ce piano Pleyel (R 12586) reste dans la famille pour les raisons suivantes
1° il a été choisi par mon père, caissier de la succursale, qui m’en a fait cadeau.
2° il possède des qualités de son que l’on ne retrouve plus de nos jours
Il suffira, tous les 10 ans, de le faire regarnir : la maison Pleyel, en souvenir de mon père, consentira, je l’espère, à faire cette réparation comme par le passé (moitié prix) Ce 22 avril 1894 THre DUBOIS
Une hésitation…
Face à ce message, une question me traverse :
“Qu’est-ce que je fais avec ça maintenant ?”
Je décide de ne rien faire dans l’immédiat.
Je prends du recul, je modélise le piano,
je réfléchis à une solution qui respecte son histoire.
L’idée commence à émerger :
et si ce piano pouvait… chanter à nouveau ?

Le hasard… ou quelque chose d’autre
Un mois plus tard, un homme me contacte pour accorder le piano de son père.
Rien d’inhabituel.
Mais lors de notre échange, son père me confie, un peu contrarié :
« Mon frère s’est débarrassé du piano de famille…
Il y avait un mot à l’intérieur qui demandait qu’il reste dans la famille. »
À cet instant précis, tout s’aligne.
Je l’interromps :
« Je crois que vous n’allez pas me croire…
C’est moi qui ai acheté ce piano. »
Un choix évident
Je lui propose immédiatement de le récupérer.
Sans condition.
Parce que certaines histoires ne nous appartiennent pas.
Une nouvelle direction
Quelques jours plus tard, il me fait une demande inattendue :
« Pouvez-vous intégrer un piano numérique dans ce Pleyel,
pour que je puisse l’offrir à mon fils à Paris ? »
Le projet peut enfin prendre forme.


Faire revivre le piano autrement
Le piano est équipé d’un clavier de scène Korg SV-1,
associé à deux enceintes haute-fidélité dissimulées dans le meuble.
Un système transducteur est également intégré,
permettant de transmettre les vibrations à la structure même du piano.
Le résultat :
retrouver les sensations physiques d’un instrument… autrement.



Le respect de l’histoire, jusque dans les détails
Le mot manuscrit est confié à une calligraphe pour être restauré,
puis replacé à l’intérieur du piano.
Un geste simple, mais essentiel.
Plus tard, j’apprendrai que ce message a déjà empêché,
à trois reprises, que le piano quitte la famille.

Une histoire qui continue
Le piano retrouve finalement sa famille d’origine.
Transformé, mais fidèle à son histoire.
Transmis à une nouvelle génération.
En mémoire
Ce projet est dédié à son propriétaire, disparu en 2019.

Caractéristiques du projet
- Type : Modification de piano ancien
- Instrument : Piano Pleyel (1846)
- Période : Mars 2018
- Durée : 40 heures (hors étude)
- Particularité : Intégration d’un système numérique et restitution vibratoire
